Le versant nord des Nouvelles Routes de la Soie

Suite à la fonte des glaces provoquées par le changement climatique, le développement de routes maritimes à travers l’Arctique devient, lorsque la banquise disparaît en été, une possibilité sérieuse. La Chine veut faire de cette opportunité une partie intégrante du projet des Nouvelles Routes de la Soie en créant une nouvelle route maritime.

 

Arctique
Un brise-glace dans l’océan glacial arctique (Crédits : lejdd.fr)

 

Dans son premier livret blanc consacré à sa politique de l’Arctique, la Chine annonce qu’elle encouragera les entreprises à construire des infrastructures dans la région polaire et à organiser des voyages tests qui seraient les premières étapes vers une « Route polaire de la soie ». C’est la première fois qu’un rapport officiel évoque le rôle chinois dans la région. Ce n’est que la confirmation d’une tendance chinoise à regarder vers le grand nord déjà observée auparavant. Plus tôt cet hiver, un premier train a quitté la Finlande pour rejoindre la Chine, établissant une nouvelle route ferroviaire avec les pays scandinaves.

 

La Chine, qui n’est pourtant pas un Etat polaire, est de plus en plus active dans cette région. Elle est devenu un membre observateur du Conseil de l’Arctique en 2013, composé initialement des Etats polaires que sont les six pays qui bordent l’océan entourant le pôle nord : Canada, Etats-Unis (avec l’Alaska), la Russie, l’Islande, la Norvège et le Danemark (avec le Groenland). L’armateur chinois Cosco, leader mondial du transport de porte-conteneurs, a même déjà envoyé des bateaux naviguer dans le passage du Nord-Ouest, expression désignant le chemin bordant les côtes russes et norvégiennes. Cosco est d’ailleurs partie prenante des expérimentations sur la faisabilité de cette « Route polaire de la soie »

 

On peut aussi citer le brise-glaces de la compagnie chinoise Xuelong, le Dragon des Neiges, qui avec ses multiples voyages polaires étudie la région mais qui aurait aussi pour objectif de devancer les autres puissances arctiques sur ces nouvelles routes maritimes du grand nord. Il faut aussi préciser que les brise-glaces sont une technologie que peu de pays maîtrisent. Savoir que la Chine en construit actuellement un deuxième devient alors significatif des ambitions du pays dans la région.

 

L’enjeu majeur concerne évidemment le transport maritime. Des routes de navigation à travers l’océan glacial Arctique feraient gagner 20 jours de transports par rapport au chemin qui passe actuellement par le canal de Suez. Encore plus pour les bateaux dits « overpanamax » qui ne peuvent franchir ce canal et qui doivent faire des détours extrêmement longs par le cap de Bonne Espérance ou le cap Horn. Le voyage se déroulerait dans les eaux territoriales d’un seul et même pays, en l’occurrence la Russie, ce qui permettrait de gagner temps et argent grâce à des procédures douanières allégées. Le trafic de marchandises par le nord a déjà plus que doublé entre 2010 et 2015, passant de 2 à 5 millions de tonnes.

 

Cela suscite bien évidemment l’inquiétude des pays qui profitent de leurs positions avantageuses sur les routes maritimes actuelles, comme Singapour. La cité-Etat a participé au dernier Conseil de l’Arctique en tant qu’observateur pour s’informer des développements du projet, elle qui a beaucoup à perdre en cas de baisse du trafic maritime par le détroit de Malacca. Les pays arctiques, tout comme la Chine répondent alors que le trafic, payant et dangereux à cause des pirates, est déjà engorgé.

 

L’augmentation de la présence chinoise dans la zone a soulevé des inquiétudes chez les pays côtiers de l’Arctique sur les intentions de l’Empire du Milieu sur le long terme, notamment un possible déploiement militaire. Le livret blanc évoque aussi l’utilisation des ressources pétrolières, gazières et minérales, ainsi que le développement de la pêche et du tourisme. Parmi les intérêts dans la région pour la Chine, on peut citer la présence de gaz naturel liquéfié dans la péninsule sibérienne du Yamal. Un projet d’extraction russe pourrait à terme alimenter la Chine à hauteur de 4 millions de tonnes par an, selon China Daily.

 

« Certaines personnes ont pu mal interprété notre participation dans le développement de l’Arctique, inquiets que nous pourrions avoir d’autres intentions, que nous pillerions les ressources ou que nous dégraderions l’environnement. Je crois que ces inquiétudes sont absolument inutiles » a déclaré le vice-ministre des Affaires étrangères chinois Kong Xuanyou. Il a également assuré que son pays n’avait aucune volonté de mener des opérations d’extraction de gaz à grande échelle. Le livret blanc prend lui aussi le temps de rassurer les inquiets. Il est écrit : « La Chine travaillera conjointement avec les Etats arctiques, en respectant l’environnement ainsi que les traditions et les cultures des habitants, notamment celles des peuples indigènes, pour bâtir une « Route polaire de la soie » en développant les voies de navigation à travers l’Arctique ».

 

Le droit de tous les pays d’utiliser les voies de navigation arctiques doit aussi être garanti, selon le livret blanc. Pour Anne-Marie Brady, experte en politique chinoise et polaire à l’University de Canterbury en Nouvelle-Zélande :« Il y avait au départ des résistances aux activités chinoises en Arctique, mais la Chine a travaillé dur pour obtenir le soutien de ses positions. Le livret blanc montre à quel point la Chine est confiante désormais. Elle est maintenant acceptée comme un Etat polaire à part entière ».

 

Mais attention, les obstacles sont nombreux. La zone est géopolitiquement complexe, les populations indigènes protégées ayant droit au chapitre via ce fameux Conseil de l’Arctique. C’est aussi une zone sanctuarisée du point de vue écologique, avec des enjeux majeurs concernant le reproduction des morses ou des ours blancs, espèces en danger d’extinction. La route restera également impraticable pendant une grande partie de l’année, prise dans les glaces. Mais cela ne refroidira certainement pas les ambitions chinoises.

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